J’ai nagé 15 kilomètres – I swam 15 kilometers

Crédit photo: JM Favre
Je vous avoue que cela me fait du bien de vous parler d’autre chose que de cuisine. J’ai d’abord créé ce blog pour partager mes recettes et plus le temps passe, plus j’ai envie d’étendre les sujets. La pratique sportive et ses entraînements, les habitudes nutritionnelles à adapter, comment gérer une vie à 250 à l’heure tout en conciliant son sport. Autant de points auxquels je suis confrontée et dont j’aimerais aborder ici.
Et puis entre la série télé pour laquelle j’ai tourné (promis je vous en parle ici bientôt) et mon job de blogeuse chez Qooking.ch, ça m’a fait un « surplein » de cuisine à temps plein. Alors ces quelques articles autour de la natation m’apportent un bol d’air frais pour mieux reprendre toutes mes recettes en stand-by, et il y en a un petit paquet. 😉
Pour ces 15 kilomètres, je vous ai d’abord expliqué comment j’en suis venue à la natation dans mes deux derniers articles et cela a été essentiel à ma phase d’entraînement.
Après 3 mois en Californie dans un club de longue distance et peuplé « d’Ironmanistes », j’avais un bon entraînement dans les pattes et j’ai pu arriver à peu près « confiante » à Seynod natation. Un club dont le niveau est hyper élevé : Tous d’anciens nageurs qui ont ça dans le sang et qui ont une motivation hors du commun.
Là-bas, je me suis fait de supers copines hyper actives & hyper sportives. Elles ont la quarantaine, pourraient être mes mamans et croyez-moi, j’ai du mal à les suivre ! Et je ne parle pas des soirées, car là elles ont clairement une longueur d’avance.

Il n’y a pas que des meufs hein, Cédric, Denis, Patrice, Marc, César je ne vous oublie pas non plus 😉
J’adore cette bande de nanas, elles sont hyper motivantes et ça, il n’y a rien de mieux pour se tirer vers le haut. Et puis il y a Catherine, ancienne présidente du club de la réputée « Traversée du lac d’Annecy », c’est une battante qui est sur mille fronts et qui maîtrise tout d’une main de maître. Un soir de début mars, elle et notre coach nous annoncent qu’ils sont sur le projet d’une nouvelle traverséedu lac d’Annecy, dans la longueur cette fois-ci. Une première en France !
Là, je sens que le sujet me titille même si je m’étais promis de ne plus faire de longue distance après cette course de 9 kilomètres. C’était dur, c’était beau, j’étais allée au bout, mais quel intérêt à repousser autant ses limites ?
J’en parle à mon entourage, j’hésite, mais d’un autre côté j’ai vraiment envie de voir l’évolution de ma nage après 3 années d’entraînements.
Bon je vous l’accorde, on n’est paaaaaaas obligé de se farcir 15 kilomètres pour voir si l’on sait nager ou non… Mais j’ai un métabolisme fait pour l’endurance et je connais mon corps, alors qu’en sprint, je suis complètement larguée. C’est même un peu bâtard, aux entraînements, ça n’est souvent qu’autour de 40 minutes que je commence à avoir des sensations.

Les premiers 5 km. Crédit photo: JM Favre

Crédit photo: JM Favre
Pour la phase d’entraînement, je n’ai pas changé grand-chose et pour être honnête, j’ai eu une grosse baisse d’énergie : Résultat, 6 kilos en moins et 4 mois d’entraînements à reculons entre avril et juillet. Surentraînement ou alimentation mal adaptée ? Je n’en connais pas la cause, mais ces quelques mois ont été mentalement hyper difficiles. J’ai tenu les 5 entraînements hebdomadaires en gardant le sourire.
Les sorties en lac avec le club ne manquaient pas et les 3 semaines qui ont précédé la date fatidique, j’ai occulté la course et levé le pied. J’allais dans l’eau 2 à 3 fois par semaine, pour le plaisir, je faisais tourner les bras mais je ne me mettais pas dans le rouge. Les bornes étaient au compteur mais plus l’intensité. Cela faisait déjà longtemps que je poussais et je sentais que mon corps avait besoin de lâcher prise.
Au-delà de la préparation physique, je me suis fait bichonner par Stéphanie, ma meilleure amie ostéopathe (forcément, ça aide) et une grande copine à nous, Françoise, masseuse sportive. Les deux ont des doigts de fée et elles ont joué un rôle clef pour me sentir au top. Et je vous les recommande fortement.
Nous voici à J-1 avant la course, il faut se coucher tôt et forcément les feux d’artifice de la fête du lac ont foutu mes plans en l’air. Sans compter mon plan Tinder de l’époque, mais ça, c’est encore une autre histoire. Je dors tant bien que mal et le réveil sonne à 5 heures, car en natation, il faut manger 1h30 avant l’effort si l’on veut avoir passé le processus de digestion.
7h00, je retrouve le bus et nous voilà tous embarqués dans l’aventure la plus folle qui soit. Arrivés au point de départ, on se rend compte des conditions. Il fait froid, nuageux et un sale vent de face commence à se lever. C’est le pire truc pour un nageur puisque tu vas te prendre des vagues plein la face et nager à « contre-courant » alors sur 500 mètres ça va, mais 15 kilomètres…

Nous sommes 40 au départ dont 17 femmes. La plupart des hommes ont une combinaison et les femmes sont en maillot. La combinaison apporte une meilleure flottaison et une meilleure glisse, c’est bien plus rapide alors partir sur un 15 km en maillot est, au-delà de la température, nettement plus difficile.
J’entre tranquillement dans l’eau, le vent effleure ma peau, j’ai la chair de poule. Je n’arrive pas à réaliser que je vais nager pendant 15 kilomètres, je suis déjà stone. Nous sommes 4 du club à nager et le reste de la team est bénévole dont Xavier, un pote qui s’est porté volontaire pour veiller sur moi en kayak. C’est mentalement une énorme force de se savoir entouré.
On sonne le départ, et nous voilà partis.

Crédit photo: JM Favre
Les phases les plus importantes sont la gestion de l’effort et le ravitaillement. Il faut s’approvisionner avant que la fatigue ou la faim ne s’installe autrement il est trop tard. Les théories fusaient sur WhatsApp et le matin même je lis qu’il faut manger & boire tous les 2km pour tenir le coup.
Je suis (encore) une bonne touriste et je ne sais pas trop quoi penser ni quoi faire alors je décide de suivre cette énième version. Je mangerais entre les ravitaillements postés tous les 5 kilomètres.
Pour la gestion de l’effort, il faut se la jouer à l’esquive pour que l’autre en fasse plus que toi ! On préconise de rester en groupe et de se mettre dans les pattes de l’autre, comme en vélo. Il y a aussi la technique de se placer du côté intérieur du nageur pour éviter les vagues latérales.
Je me cale dans un groupe, on se suit et je fais attention à nager tranquillement pour ne pas me bruler et au bout d’1,5 km je m’arrête pour prendre un premier ravitaillement. Bonne idée ou non, je perds le groupe et me retrouve seule. J’hésite à accélérer pour les retrouver mais je n’ai vraiment pas envie de faire chauffer les bras, il me reste encore 13,5 km !
Sur les 4 premiers kilomètres, je ne me sens pas à l’aise. Le lac est maussade, on voit la route et on entend les voitures. Niveau communion avec la nature, il faudra repasser ! J’ai une baisse de moral et je me dis que ça va être très long, je n’arrive pas à déconnecter et je suis stressée à l’idée des kilomètres qu’il me reste à faire. Je suis seule.

Crédit photo: JM Favre
Les vagues s’apaisent et les sensations s’installent. Je me calme, je me sens bien et lève la tête : Xavier est à côté de moi, il me cherche depuis un bon moment entre les nageurs. Voir une tête que l’on connaît, ça n’a pas de prix « – Allez Nouknouk, on a fait 4,5km c’est bientôt le ravitaillement tien bon ».
Et c’est à ce moment précis que la course commence réellement, mon métabolisme de diesel a eu une nouvelle fois raison de moi, mais j’ai le sourire et je sens que ces 15 kilomètres, je vais les démonter !
Premier ravitaillement, je retrouve les filles sur le bateau, j’engloutis 6 pâtes de fruits et prends une dose de boisson isotonique. Je retrouve 2 nageurs et je repars avant eux. J’arrive au Roc de Cher, les vagues se calment sur quelques centaines de mètres puisqu’on est protégé des falaises et c’est le bonheur total, une pure glisse, la nature, le silence. C’est incroyable. Je connais cette partie de la course et je me sens sereine. Sauf que toutes les bonnes choses ont une fin, le vent se lève à nouveau et les vagues reprennent de plus belle. Je suis complètement seule et je rame pendant 5 kilomètres à contre-courant. Je nage en force tout en me prenant des vagues plein la tête, c’est mental, il faut que je tienne, point barre.
Je me souviens avoir déconnecté pour tenir, j’aime appeler ça la médication active car on ne pense à rien mais on bouge quand même et c’est tellement paradoxal, on en chie mais notre esprit ce vide.

Après quelques kilomètres, la fatigue s’installe et je sens que mes ressources commencent à manquer. Je suis foutue si je me crame, il faut absolument arriver à ce ravitaillement. Il n’est pas loin mais impossible de le voir. Alors je déconnecte à nouveau et j’avance, j’avance. Je ne vois toujours rien. Là ça devient mentalement hyper dur, je n’ai plus de jus et je ne suis pas encore au dixième kilomètre. Je n’ai pas le choix, j’essaye d’appeler Xavier qui suit un autre nageur. Il aura fallu 37 appels et toute mon énergie pour qu’il m’entende et me retrouve 😀 Je lui fais part de mon inquiétude et là tout s’explique : J’ai loupé le deuxième ravitaillement !!!! J’ai nagé 7 kilomètres sans rien avaler, je comprends mieux ! Les 10 kilomètres sont bels et bien passés, et même mieux, il ne me reste que 3 kilomètres.

Crédit photo: JM Favre
Je reprends des forces, il me reste du jus pour garder le rythme et accélérer sur les 2 derniers kilomètres. C’est dur, ça fait mal, je n’ai plus de bras mais je tiens. Là, je dépasse 2 nageurs et à 600 mètres de l’arrivée, je rattrape un dernier nageur et on finit la course en sprint final en touchant la ligne d’arrivée en même temps !
Je n’arrive pas à y croire, je sors de l’eau sans trop tenir debout et mes potes sont là pour m’accueillir. Je termine 5ème femme (à 1 minute de la 4ème) en 5h05’. Je suis épuisée mais je me sens bien.

Une course comme celle-ci est un vrai travail de fond, ce sont les mois d’entraînements sur l’année qui te permettent de réussir. Mes potes connaissent par cœur mon excuse du « j’peux pas j’ai piscine ! ». Et tout le monde peut y arriver ! Avec le recul, je pense que la clef de la réussite tient de plusieurs facteurs : la régularité aux entraînements, l’acharnement et la passion. Et le jeu en vaut vraiment la chandelle puisque j’étais prête à retourner dans l’eau le lendemain même.
Et peut-être que cette 15 km n’est pas la dernière, c’est tellement plus excitant de se mettre des challenges personnels pour avancer. Enfin ça, ça n’est que mon point de vue, on a tous nos propres moteurs 🙂
A très vite,
Anouck

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